Pierre Antoine BERTRAND, Maire de VILLETELLE
pendant un demi-siècle

Pierre Antoine BERTRAND était né à VILLETELLE le 21 août 1762.

Il était fils de Jean-Pierre BERTRAND, laboureur à VILLETELLE, 1728-1803, et de Marie REDIER.

Son grand-père, Pierre BERTRAND, baïle, mort un an avant sa naissance, avait épousé en 1719 Catherine POUREAU, issue d’une des trois plus anciennes familles de VILLETELLE.

Son père, Jean-Pierre, avec ses beaux frères Jean BRUNEL et Jean BASTIDE, était fermier du Domaine de ROCHEMORE.

« Ménager », comme était également qualifié son père, il se maria, sans doute en 1791, avec Elisabeth Marie Thérèse PELET, de GALARGUES.

Maire de VILLETELLE (après Claude BERNARDIN, le jardinier du Comte de ROCHEMORE) aux alentours de 1794, il le restera au moins jusqu’au 28 février 1843, date du dernier acte d’état civil où il est qualifié de Maire.

Une telle longévité dans cette fonction devait pousser son fils Joachim, lui-même Chevallier de la Légion d’Honneur depuis janvier 1815, à solliciter la Croix pour son père.

Le 1er juillet 1837, il écrivit la lettre suivante au Préfet de l’Hérault :

« Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur  de soumettre à votre bienveillance un fait que je crois unique dans ce département.

Mon père est Maire de la commune de VILLETELLE, canton de LUNEL, depuis la 1ère révolution ; il porte la même écharpe qu’il avait alors et qu’il a conservée ;

Cette fonction toute gratuite et si j’ose dire irréprochable pendant 48 ans devrait lui mériter  quelque récompense.

Il est vrai que sa commune étant petite, l’administration en a été facile, mais il n’a pas moins payé un tribut en peines, sacrifices et dépenses. En outre, le mérite d’avoir pendant des années obtenu la confiance du gouvernement et le suffrage public me font croire, Monsieur le Préfet, que vous daignerez lui accorder votre puissant appui pour obtenir de notre grand monarque, la décoration de la Légion d’Honneur, surtout en ce moment où le mariage de son Auguste fils permet d’espérer cette récompense.

Approchant  80 ans et bientôt ne pouvant plus exercer ses fonctions, mon père en obtenant ce titre, jouira d’un juste dédommagement qui comblera son espérance et sa joie, et il vous en devra la faveur.

Mon père sera au tirage ( ?) à LUNEL le 4 courant ; si Monsieur le Préfet y assiste, Monsieur le Maire de LUNEL donnera sur cet exposé tous les renseignements désirables.

J’ai l’honneur……etc «

Comme le postulant devait aussi formuler lui-même sa demande, Pierre Antoine BERTRAND écrivit la lettre suivante (non datée) au Ministre de l’Intérieur :

« Monsieur le Ministre,

Maire de la commune de VILLETELLE depuis plus de 45 ans, je me suis toujours efforcé de m’acquitter avec zèle et conscience des devoirs qui m’ont été confiés par la loi.

Ai-je atteint le but que je me suis proposé ? Je ne sais, Monsieur le Ministre, toutefois, et je le dis avec orgueil, je me félicite d’avoir été honoré de la confiance de tous les Préfets qui ont été successivement appelés à administrer le Département de l’Hérault sous les divers Gouvernements qui se sont succédés depuis le jour de ma première nomination.

Je me félicite encore, Monsieur le Ministre, d’avoir su mériter les suffrages flatteurs de mes administrés à trois élections successives.

C’est avec ces antécédents, qu’il ne m’appartient pas de juger, Monsieur le Ministre, et la satisfaction d’avoir constamment cherché à bien remplir mes devoirs, pendant près d’un demi-siècle qu’a durée ma carrière administrative, que me fondant sur l’article 1 de l’Ordonnance Royale du 18 octobre 1829, je viens, Monsieur le Ministre, solliciter la décoration de Chevalier de l’Ordre Royal de la Légion d’Honneur comme un récompense, due à mes longs services.

Daignez agréer l’assurance du profond respect avec lequel je suis, Monsieur le Ministre, votre très humble et très obéissant serviteur. »

BERTRAND, Maire

La lettre de son fils contient en marge l’apostille suivante datée du 4 :

Répondre qu’il est trop tard pour formuler une demande à l’occasion du mariage du Prince ; dans une autre occasion, j’examinerai si je puis faire cette demande avec quelque chance de succès.

Pierre  Antoine BERTRAND fit une ultime tentative en 1840.

Le 15 avril, il écrivit au Préfet :

Depuis que les municipalités existent en France, je remplis ces fonctions dans la commune de VILLETELLE.

Je m’étais présenté à votre prédécesseur, Monsieur FLORET, pour obtenir la décoration. Il fallait attendre l’époque de la fête de Sa Majesté. Le moment approche.

Quoique Monsieur FLORET ne puisse plus protéger ma demande de tout le poids de sa recommandation, je me fais un plaisir et un devoir de croire que vous voudrez bien y réserver une égale protection.

Et il demande que sa « demande soit sans délai parvenue à Monsieur le Ministre, afin que soit porté sur la liste qui doit en ce moment être soumise à la sanction de Sa Majesté »

L’ancien Préfet n’avait rien obtenu ; le nouveau n’obtint rien non plus-ou ne fit rien en ce sens-

Pierre Antoine BERTRAND mourut à VILLETELLE le 14 janvier 1853, à 4 heures du matin âgé de 91 ans.

Depuis près de 10 ans, il n’était plus Maire de VILLETELLE, mais, après une si longue présence à la Mairie, il lui était impossible de ne pas continuer à la servir, ne serait-ce qu’en servant de témoin dans les actes d’Etat Civil, ce qu’il fit jusqu’en 1844.